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JANVIER-MARS 2003Travail médical
Les tempêtes
se sont succédées presque sans interruption pendant ces trois mois d’hiver
au Liban. Les habitants du bidonville vivent dans l’humidité continuelle, le
froid et la boue. Nous traitons des enfants brûlés sur des chauffages de
fortune presque quotidiennement. Pour ajouter
au découragement, des bagarres entre bandes rivales ont résulté en blessures
et destructions de cabanes. Certains matins, le dispensaire était un véritable
havre de paix dans la tourmente où quelques mères fatiguées et quelques
vieillards malades se réchauffaient autour du poêle butane en buvant du thé
avec nous. Nous avons distribué régulièrement des vêtements chauds et des
chaussures, dons de personnes de notre entourage.
Dr.
Hovsep est parti aux USA le 20 février, mais aussitôt Dr Marouan Zoghbi, un
jeune médecin libanais l’a remplacé. Marouan n’est malheureusement libre
que le samedi car il est résident en médecine de famille à l’Hôtel Dieu de
France à Beyrouth. Marouan est bien compétent et aime ce travail. Je suis très
reconnaissante de l’avoir à mes côtés et j’espère que cette
collaboration pourra durer. Zeina continue
fidèlement son travail d’assistante malgré les difficultés de sa vie privée.
Sa grand-mère à laquelle elle était très attachée (ayant perdu sa mère à
15 ans) vient de décéder d’un cancer. Son mari est guéri de sa tumeur
testiculaire, mais reste sans emploi. Ses enfants sont en échec scolaire. Malgré
cela, elle voit aussi du positif dans sa vie, et notamment ce travail régulier
avec nous. Curiosités
médicales Quel médecin
a déjà diagnostiqué une chorée de Sydenham, maladie classique qui a
pratiquement disparu ? J’en ai fait le diagnostic en janvier chez une des élèves
de nos classes, dont les camarades se moquaient à cause de ses mouvements
bizarres et de ses grimaces. En plus des brûlures,
des infections respiratoires et des gales surinfectées, nous voyons maintenant
des pathologies plus chroniques, plus compliquées,
et ceci en raison de la bonne réputation que le dispensaire acquiert
dans le quartier. Nous nous sentons pourtant souvent bien incompétents devant
des situations complexes, sans recours facile à des spécialistes. Nous sommes en
bonne voie d’enregistrer légalement le dispensaire auprès du ministère de
la santé. Il a fallu obtenir une autorisation exceptionnelle de la part des
autorités municipales, car le local est dans une zone illégale et insalubre.
Un ami libanais, s’occupe activement de ces démarches auprès des autorités. Nouvelles de l’école
Cabanes
incendiées, échanges de coups et de coups de feu, des familles de nos enfants
terrorisées obligées de fuir les vengeances entre bandes rivales…C’était
janvier. Un temps extrêmement
pluvieux, des lacs à franchir avant d’arriver à l’école, chaussures à la
main pour rester les pieds au sec le reste de la journée … des murs qui
ruissellent, imbibés d’eau, et se couvrent de moisissures…Des enfants qui
viennent pourtant à l’heure ! C’était
février et début mars. Un chien égorgé,
pendu par la langue à une porte de maison, son sang maculant les
murs en représailles à une dénonciation à la police …des jeunes sous
l’influence de médicaments mélangés à de l’alcool se livrant à des
actions de vandalisme... des CD de très mauvais goût vendus à des prix dérisoires
dans la rue... la guerre en Irak et
plusieurs de nos enfants tentés de rejoindre les manifestations plutôt que de
se rendre à l’école… c’est ce qui a fait le début de ce mois d’avril
avec le beau temps revenu… Malgré
l’atmosphère parfois lourde et des
enfants très perturbés par cette violence environnante qui les empêche de
dormir, leur fait peur mais attire aussi certains de nos garçons plus âgés,
l’école se veut un lieu d’expression, de réflexion où chacun est invité
à prendre ses responsabilités, à faire des choix et à respecter son prochain…même
si parfois nous nous sentons bien démunis et dépassés par les événements ! Ce trimestre
s’est terminé par des examens et un second carnet de notes. Les parents dont
70% sont illettrés sont tout de même
invités à venir s’informer des résultats
de leur enfant ! Afin d’élargir l’horizon très limité de ces
enfants, nous essayons de sortir de leur quartier aussi souvent que possible.
Ainsi depuis le début de cette année, nous avons organisé une sortie à la
neige, trois samedis d’activités de détente et de réflexion dans un cadre
de verdure et un entraînement de
football avec un footballeur professionnel. Nous avons également participé à
un après-midi en compagnie de la Croix-Rouge qui sensibilisait les jeunes à
ses diverses activités au travers de jeux et de concours. Enfin, nous avons
emmené toute l’école à une pièce de théâtre sur la protection de
l’environnement. Nous avons
pris l’habitude de partager avec vous des tranches de vie de certains des
enfants de nos classes, en voici quelques-unes : Khaldyé :
Victime d’un abus sexuel, elle a pu en parler avec nous malgré la honte, la
culpabilité et la peur. Cela nous a conduit à nous plaindre aux responsables
du quartier afin qu’ils interviennent auprès de ce voisin qui attire les
enfants en leur jetant de l’argent… !
Ali :
Sa mère se plaint de son comportement violent, physique et verbal. Nous savons
que la violence est des deux côtés…Pourtant Ali qui est là quand sa mère
raconte, se met en colère, jette son cartable et se dirige vers le portail de
sortie… « Ali, si tu sors, tu ne reviens plus à l’école ! »
lui lance un de nos enseignants. Ali s’arrête, réfléchit et…revient en
bredouillant des excuses. Omar :
Il nous montre les marques de violence de son père alcoolique… mais ce qui
occupe son esprit pour le moment c’est de s’acheter un ordinateur
d’occasion. Pour concrétiser ce projet, il travaille tous les jours en
rentrant de l’école, ainsi que les week-end, et met de côté son argent.
Nos regards,
comme les vôtres, sont tournés vers l’Irak et la triste guerre qui s’y déroule.
Cela ajoute à la confusion et aux frustrations qui règnent déjà dans notre
quartier. Mais jusqu’à présent nous ne nous sommes jamais sentis
personnellement menacés. Merci à nos
trois enseignants à plein temps, arabophones, qui mettent tout leur cœur et
leur enthousiasme au service de ces enfants !
Merci à vous tous qui soutenez financièrement et spirituellement nos
projets médicaux et pédagogiques. Sans vous rien ne serait possible !
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Tahaddi © 2003 |